Retour sur le 12019 du 7 août

Rappel des faits : le jeudi 7 août le train 12019 parti de Paris Nord à 18h01 s’est arrêté à 18h45 à l’aiguille située juste avant l’entrée en gare de Breteuil.

Pour ceux d’entre vous qui étiez dans ce train immobilisé voie 1 à proximité des quais, vous avez du patienter 2 heures avant de pouvoir quitter le train. Pourquoi cela a duré si longtemps ?

Suite à cet évènement, j’ai participé au débriefing organisé par les responsables des différents services qui ont géré cet incident. Je sais que pour vous, la situation a été interminable. Et je vais essayer de vous expliquer pourquoi cela a pris autant de temps pour vous faire quitter le train.

D’abord avant d’évacuer un train, il faut que le DRO (Directeur Régional des Opérations) qui supervise justement toutes les opérations, prenne connaissance très précisément de toutes les informations transmises par l’ensemble des agents présents afin de pouvoir prendre la bonne décision concernant l’incident.

Pour réaliser une évacuation, il faut compter une heure. C’est-à-dire entre le moment où la décision est prise et le moment où tous les voyageurs sont sortis du train et que la circulation des autres trains peut reprendre. Pendant cette heure aucun train ne circule dans les 2 sens, la circulation de tous les autres trains est entièrement interrompue. La décision d’évacuer un train est donc prise si l’on estime que l’immobilisation du train va durer au moins 1 heure.

Pour estimer le temps de l’immobilisation, il faut connaître le diagnostic. Quelle est la panne, et combien de temps va-t-il falloir pour réparer ? En général, un décontrôle d’aiguille ne dure jamais très longtemps, et donc une évacuation n’est en principe pas envisagée pour ce type de dérangement.

Pour le 12019 du 7 août, voilà ce qui s’est passé :

Au début, l’arrêt a été estimé à 15 minutes : le temps que le conducteur se rende à côté de l’aiguille, qu’il enlève le cas échéant un caillou de ballast qui aurait pu bloquer l’aiguille. Mais l’aiguille restant bloquée, l’aiguilleur se trouvant au poste de Longueau a demandé l’intervention du SE (agent service électrique). Une fois sur place, ce dernier pensait pouvoir remettre rapidement en service l’aiguille. Mais le problème persistant, l’intervention d’un SM (agent service mécanique) a également été demandée. Pendant ce temps, les trains continuaient à desservir à vitesse réduite Breteuil par la voie 3.

L’aiguille restant toujours bloquée et empêchant le 12019 de passer, la décision a donc été prise d’évacuer le train. Avant d’effectuer l’évacuation des 300 passagers, il faut prévoir son organisation : informer tous les acteurs, recenser le nombre de personnes pouvant encadrer cette évacuation et vérifier très précisément que toutes les mesures de sécurité sont bien appliquées avant de donner l’autorisation aux voyageurs de descendre dans les voies.

La mise en place d’une telle opération demande donc du temps. Effectivement, si l’évacuation avait été décidée dès le début de l’incident, l’attente aurait été beaucoup moins longue. Mais c’est toujours beaucoup plus simple de dire à posteriori ce qu’il aurait fallu faire. A chaque incident, la principale difficulté est d’estimer le temps de la réparation, qui à priori pour l’aiguille aurait dû être rapide, afin de prendre la bonne décision pour péjorer le moins de voyageurs possible car avant que l’évacuation commence, ce sont tous les trains qui sont arrêtés pendant une heure et donc des milliers de voyageurs qui sont retardés.

Nous n’avons effectivement pas eu de chance car ce type de dysfonctionnement sur une aiguille est très rare. Ce retour d’expérience a mis en évidence des pistes d’amélioration qui doivent être travaillées par tous les services en particulier sur le diagnostic, le délai de prise de décision de l’évacuation, la coordination entre les différents contributeurs et l’information des voyageurs.

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8 commentaires pour Retour sur le 12019 du 7 août

  • NATHALIE DUMONT

    Bonjour MME GARROT, merci pour ces réponses, mais aucune amélioration de prise en charge, de temps d’attente, etc.
    Tjrs les mêmes discours, on doit s’améliorer on étudie ce qui n’a pas fonctionné, et la fois d’après c’est à nouveau le bordel,

    • budicom

      Bonjour Nathalie
      Peut-être oubliez-vous les incidents évités, dont on n’a même pas conscience, ou ceux qui ne durent que 20 min au lieu de 2 heures parce que, justement, des améliorations sont constamment apportées ..
      Mais cela, on l’ignore…

  • NATHALIE DUMONT

    Exemple avec le 2006 le ralentissement à hauteur d’ORRY, c’est chaque jour depuis 2011 et pourtant aucune solution à ce jour

  • Martini

    Bonjour Madame

    Merci pour vos explications.

    j’étais dans ce train et si c’était à refaire, je ferais parti cette fois des personnes qui faute d’infos fiables et au bout d’une attente de 45 minutes sont sorties du train pour rejoindre la gare de Breteuil a quelques mètres de l’immobilisation.

    Rentrer chez soi à 22H30 passée alors que la veille n’avait été guère mieux en terme de régularité, c’est parfaitement inadmissible et la SNCF une fois de plus n’a pas fait ce qu’il fallait.
    On a bien ressenti ce soir là le cafouillage complet tel-que vous le décrivez.

    Voir l’article du Courrier Picard qui relate les incidents de la semaine dernière. La ligne Paris Amiens fait partie des 12 lignes les moins entretenues ou plus vétustes de France.
    l’incident de Breteuil se reproduira malheureusement avec les mêmes csq pour l’usager.
    On peut s’estimer heureux, on a encore des contrôleurs
    sur nos trains ce qui ne semble plus être le cas sur les Paris Beauvais. On imagine dans de telles-circonstances ce que cela aurait pu donner.

  • PascalD

    Bonsoir

    Je voudrais pas être désagréable mais, d’après Mme Hua: ” l’incident a été confirmé à 18h45 par le TER 848525 alors que l’IC 12019 avait été envoyé à 18h48 sur la même voie”.
    Peut être qu’il a été envisagé que le conducteur de l’IC fasse la maintenance de l’aiguille?
    Et comme les agents sont arrivés après 1h30, et pas en même temps, nous avons eu tout le temps d’admirer le paysage….
    Alors que le débarquement a eu lieu en 20 minutes, si la décision avait été prise plus tôt, nous aurions pu monter dans un des trains qui sont passés et repartir mais non trop simple peut être…..

    Par contre le contrôleur a été parfait.

  • budicom

    Après lecture attentive du billet de Mme Garrot, j’entrevois 3 pistes pour améliorer les choses sur le scénario de ce soir-là.

    – soit un appel simultané des 2 agents électricien et mécanicien
    – soit rendre les techniciens plus polyvalents avec une double compétence : mécanique ET électricité (pourquoi pas au sein d’un ST – service technique – qui se substituerait aux SE – service électrique- et SM -service mécanique), ce qui aurait évité les interventions successives de 2 techniciens.

    – soit mettre en place un SV (service voyance) pour pouvoir prendre aussitôt les bonnes décisions par rapport à des faits qu’on ne peut connaître qu’a posteriori.

  • PascalD

    Où offrir des drones au service communication, qui établiraient que si l’aiguillage était défectueux, c’est parce que les passagers étaient sur les voies……………….

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